Portrait de Nina Morato

Nina Morato

BIO
Blanc / Noir

Née Stéphanie de Malakoff dans son imaginaire, elle est en réalité née à Paris sous le nom de Nina Morato. Elle appartient à cette famille rare d’artistes que l’on reconnaît dès les premières notes. Une voix singulière, un phrasé reconnaissable entre tous, un timbre à la fois fragile et incandescent, une présence libre, presque insaisissable, qui traverse la chanson française depuis plus de trente ans sans jamais céder aux chemins trop balisés.

Avant de devenir Nina Morato, elle explore déjà plusieurs visages, plusieurs noms, plusieurs débuts. Sous les pseudonymes de Christie, Stéphanie ou encore Stéphanie de Malakoff, elle cherche sa couleur, affine son écriture, apprivoise la scène. Mais c’est en 1993 que tout bascule avec Maman, premier titre signé de son véritable nom. La chanson touche immédiatement, portée par une sincérité brute et une intensité rare. Dans la foulée paraît Je suis la mieux, un premier album audacieux, élégant, nerveux, sur lequel apparaît un tout jeune Matthieu Chedid aux guitares, futur compagnon de route sur scène.

Le public suit, la profession aussi. En 1994, Nina Morato reçoit la Victoire de la Musique de la Révélation féminine. La même année, elle est choisie pour représenter la France au Concours Eurovision de la chanson 1994 avec : Je suis un vrai garçon, titre à son image, libre et singulier, qu’elle défend à Dublin avec panache en décrochant une remarquable septième place. Sa voix voyage également jusque dans l’univers singulier de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, où elle interprète en français La Complainte de Sally, laissant là aussi son empreinte délicate et troublante.

Nina Morato a également marqué le cinéma par des apparitions sensibles et singulières, à l’image de son univers musical. Elle joue notamment dans La Séparation de Christian Vincent en 1994, où elle incarne Marie, puis poursuit ce dialogue avec l’image dans Ordo de Laurence Ferreira Barbosa, Ma vie en l’air de Rémi Bezançon, ainsi que dans Bye Bye Blackbird de Robinson Savary. Elle écrit le générique du film de Maiwen: le bal des actrices dans lquel lui donne un rôle. Elle apparaît également dans Les Deux Mondes, poursuivant ainsi un parcours artistique où la musique et le jeu se répondent naturellement. Le court-métrage fait lui aussi partie de son chemin, avec plusieurs collaborations qui prolongent cette recherche d’incarnation et de liberté artistique.

Mais Nina Morato n’est pas une artiste de facilité. Elle avance à contre-courant, préfère l’intensité au confort, l’authenticité à la stratégie. Son deuxième album, L’Allumeuse, puis surtout Moderato, paru en 1999, portent cette vérité sans fard. Ce troisième disque, profondément intime, naît dans la douleur et le deuil, transformant l’épreuve personnelle en matière artistique bouleversante. Elle y partage notamment des duos avec Princess Erika et Arthur H, comme autant de présences fraternelles au cœur de cette traversée.

La scène, elle, ne l’a jamais quittée. Des Francofolies de La Rochelle à la cigale de Paris, des collaborations avec Raphael, Bazbaz, Catherine Ringer ou Arthur H, Nina cultive ce lien direct avec le public, cet endroit où la chanson cesse d’être simplement interprétée pour devenir vécue.

Chaque concert devient une conversation à ciel ouvert, un territoire d’émotion brute.

Après plusieurs années de silence discographique, elle revient en 2016 avec un album sobrement intitulé Nina Morato, comme une manière de revenir à l’essentiel : la voix, le texte, la présence. Plus dépouillée, plus affirmée encore, elle poursuit un chemin artistique profondément personnel, loin des modes et des injonctions.

Son parcours l’emmène aussi vers le théâtre, où elle prolonge autrement son goût du verbe et de l’incarnation, notamment dans Les Monologues du vagin de Eve Ensler au Théâtre Michel, puis dans Don Quichotte contre l’ange bleu de Jérôme Savary aux côtés de Arielle Dombasle.

En 2025, elle présente Princesse des HLM, un spectacle à son image : sensible, vibrant, profondément humain. Entre réorchestrations, nouvelles chansons et interludes poétiques, cette création tisse un fil entre l’intime et l’universel. Ce n’est pas seulement un concert, ni tout à fait un récit : c’est une traversée. Celle d’une artiste qui n’a jamais cessé de transformer ses blessures en lumière, et la chanson en vérité vivante.